Cinéma: le Prophète d'Audiard et son jeu d'acteur

Publié le par yakapa

Le dernier film de Jacques Audiard est porté par l'interprétation de deux acteurs: le jeune Rahar Rahim et le fantastique Niels Arestrup, 60 ans dans le rôle d'un parrain corse en prison. Géant!

La critique cinéma de latribune.fr

 

Des applaudissements nourris à la fin de la projection. Et plus encore lorsque le nom du réalisateur, Jacques Audiard, apparaît à l’écran. De tous les films présentés à Cannes jusqu’ici, "Un prophète" a reçu l’accueil le plus chaleureux de la part des journalistes, samedi matin. Et pour cause ! Audiard réussit ici une œuvre d’une rare puissance, ferrant le spectateur dès les premières images de ce film sur l’ascension d’un petit délinquant au rang de caïd, où il est question d’échec, de rédemption, de revanche sur la vie, et de filiation comme souvent chez Audiard.


Malik a 19 ans lorsqu’il est condamné à 6 ans de prison pour avoir agressé des policiers. Direction la centrale de Brécourt. Livré à lui-même, sans aucune protection, il tombe sous la coupe d’un clan corse qui le force à tuer un autre détenu sur le point de balancer l’un des leurs. Au fil du temps, Malik devient le confident de César (Nils Arestrup), le chef du clan et en profite pour monter en parallèle son propre réseau.


Oubliez "Prison Break" et autres séries américaines. Oubliez également les films français réalisés sur le sujet. Pour Audiard, il n’est pas question de donner dans le documentaire. Pas plus que de "psychologiser" son intrigue. Le réalisateur préfère miser sur l’action, se refusant cependant à toute forme de violence gratuite ou de voyeurisme. Il se concentre aussi sur ses personnages, fouillant au plus profond de leur âme. A commencer par Malik, un jeune homme qui ne sait ni lire, ni écrire, élevé dans un foyer. Il va pourtant réussir par la seule force de son intelligence à s’imposer dans un monde où règne habituellement le plus fort. Il est brillamment incarné à l’écran par un Tahar Rahmi tout en nerfs, au charisme extraordinaire.


On ne peut s’empêcher de penser ici aux " Affranchis" de Martin Scorcese pour le thème traité, ou encore au "Parain" de Coppola où il est aussi question de filiation. Reste qu’Audiard a su, une fois de plus, trouver un langage qui lui est propre, notamment grâce à une caméra nerveuse, s’immisçant dans les moindres recoins. Il multiplie également les trouvailles scéniques. En faisant, par exemple, apparaître régulièrement le fantôme du détenu tué par Malik, permettant ainsi à ce dernier d’exprimer à travers lui son intériorité. On a rarement vu au cinéma deux heures trente passer aussi vite.

 

Un prophète de Jacques Audiard, la bande annonce.



 

Publicité

Publié dans Initiatives

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article