De l'image de la vieillesse à travers les époques

Publié le par yakapa

On ne dit plus "Vieux" mais "Seniors". Complètement dévalorisé en Occident, quand il est synonyme de sage sous d'autres tropiques. Les vieux, pardon, les seniors sont comme tous les concepts de genre et d'âge, une construction sociale. On en connaît encore trop peu l'histoire. Extraits.

Notre perception de la vieillesse a donc évolué au rythme de la modification du rôle des plus de soixante ans dans les générations. Avant, ils étaient souvent les derniers vivants de leur famille. Aujourd'hui, ils ont encore leurs parents survivants, ainsi que des enfants et petits-enfants.
De la même façon, leur impact financier a changé, puisqu'ils subviennent souvent aux besoins de ces trois générations avec leur retraite : le montant des transferts d'argent des seniors vers les plus jeunes s'élève à 121 millions d'euros par an en moyenne.
Leur poids social et culturel est aussi en constante évolution : ces aînés sont devenus la tranche d'âge pivot de notre société !
Ainsi, il est heureux que leur espérance de vie ait connu des progrès importants, tant nous avons besoin d'eux.

Du Moyen-Age à la Renaissance

Au cours des dix premiers siècles, dix siècles, l'image du vieillard est devenue de plus en plus négative. Cette époque était bien entendu marquée par une très forte mortalité.
Au Moyen-Age, la moitié des enfants n'atteignaient pas 5 ans, et seul le quart d'une classe d'âge avait des chances de vivre ses 15 ans.
On mourait à tous les âges. Pour Jean-Pierre Bois, "l'idée même de vieillard n'existe pas. L'âge est totalement ignoré".
Sociologiquement, la personne âgée n'existe pas non plus. En effet, les gens n'avaient pas besoin de décliner leur âge, n'ayant pas de papiers le justifiant. L'âge n'était pas un handicap pour accéder à une situation. Il n'était pas encore "institutionnalisé".
Culturellement ensuite, cette époque est très négative pour les personnes âgées et particulièrement les femmes. Le vieillard connaît la déchéance physique et, soucieux de vivre plus longtemps, il lui arrive d'avoir recours à l'irrationnel (potions, magie noire, sorcières...) pour prolonger sa vie.

De la Renaissance à la Révolution

La Renaissance connaît une première explosion démographique avec la fin des guerres médiévales, de meilleures conditions climatiques et la disparition de la peste. La population française augmente et vieillit.
Le siècle des Lumières valorise le vieillard, dépositaire d'une mémoire collective, riche d'une expérience et revenu des passions. Une image positive s'installe, mais la reconnaissance ne viendra qu'avec l'institutionnalisation républicaine.
La Révolution de 1789 marque un troisième temps dans l'image du vieillard. Culturellement, les référents de la société sont balayés. La notion d'âge, qui ne peut être tenue pour inégalitaire, s'impose comme un "baromètre" : un âge minimal existe pour certaines professions ou charges. La généralisation des registres d'état civil facilite la "naissance" du vieillard.

Le 20ème siècle: la révolution de la longévité

Le XXe siècle est marqué par une forte augmentation démographique, le "baby-boom", qui précède une stagnation de la natalité et un vieillissement de la population. C'est une époque de renforcement des institutions (limite d'âge pour travailler...) et de forte diffusion culturelle (congés payés et vacances, idées humanistes...).
Aujourd'hui, les véritables enjeux d'une société où les retraités sont plus nombreux se sont déplacés sur le terrain social et économique. Comment financer les retraites par un nombre moins important d'actifs ? Jean-Pierre Bois est optimiste : "historiquement, il n'y a pas de sociétés qui ont abandonné leur vieux...".
Les enjeux sont la lutte contre la paupérisation de retraités, la prise en charge des moins mobiles ou l'offre de services à domicile. La question des personnes âgées se pose aujourd'hui en terme de dépendance et d'indépendance, de validité ou invalidité. Quant à savoir à quoi pourrait ressembler le vieillard du XXIème siècle, l'historien se fait rêveur : "il sera méthodique et électronique, entouré de lumières et boutons qu'il saura parfaitement utiliser".
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Publié dans Culture

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