Cinéma: Stephen Frears revisite Colette
Le dernier film de Stephen Frears revisite le livre de Colette, l'histoire d'amour entre une courtisane et un jeune homme qui a la moitié de son âge.
Finalement, Stephen Frears s’est emparé de Colette comme de Roddy Doyle, auteur irlandais dont il avait adapté The Snapper sur grand écran. C’est-à-dire avec truculence, sans se soucier des convenances, privilégiant les bons mots aux figures de style. Le cinéaste le déclarait lui-même à Berlin, où nous l’avons rencontré: «Si on aime un livre et qu’on veut l’adapter, il faut juste savoir en tirer les qualités.» Le script de Chéri a été signé par Christopher Hampton, éternel complice de Frears, déjà oscarisé pour son travail sur Les Liaisons dangereuses d’après Laclos (encore une adaptation littéraire). Le cinéaste nous a dévoilé la genèse du projet. Interview de Stephen Frears publiée sur tdg.ch
Quelles ont été les difficultés à adapter Colette?
Plus nombreuses que ce que je pensais. Christopher Hampton a d’abord lu le roman en français. Il est court, autour des 120 pages. Et le problème, c’est que Colette décrit en deux lignes ce qui d’ordinaire mettrait plusieurs pages à raconter. Donc, il faut savoir synthétiser, trouver les bons raccourcis.
Le bon rythme aussi, sans doute.
Oui, et c’est ce que j’ai découvert en lisant le script. Comme chaque fois, un film se fait dans l’ombre, dans le noir, dans le doute. Ce qui prend du temps, c’est de rassembler tout le matériel entre deux films. Ce fut plus long que prévu avec Chéri de Colette. Car il s’agit d’une histoire tragique avec des personnages frivoles.
Comme dans «Les liaisons dangereuses», au fond.
Non, beaucoup plus difficile. Cela m’a moi-même surpris. Et surtout, ces deux univers n’ont aucun rapport. Ils sont même à des lieues l’un de l’autre.
Vous ne collaborez jamais avec Hampton pour les scénarios?
Non, car je n’aime pas écrire. Il n’y a pas de mal à ça. Il faut juste encourager les gens qui savent faire leur métier. Christopher Hampton est un grand écrivain, je ne vois pas pourquoi je ferais le travail à sa place.
Et pourquoi avoir recouru parfois à la voix off?
Surtout pour des raisons pratiques. Pour accélérer le mouvement, donner du dynamisme au récit.
Comment s’est passé le travail avec les comédiens?
Par rapport aux autres films que j’ai faits, on ne peut pas comparer. C’est juste différent. Les nouveaux, ceux que je ne connais pas encore ou qui débutent, ils ont plus de fraîcheur, c’est tout.
Le film traite en même temps des rapports entre jeunes et vieux. Un thème à la mode, non?
Même pas. Les modes sont des coïncidences. Plusieurs films sur ce sujet arrivent sur les écrans ces jours. Mais vous savez, j’ai grandi en voyant Cary Grant et Humphrey Bogart au cinéma. Le premier était avec Audrey Hepburn et le second avec Lauren Bacall. Il faut juste du temps pour que les choses changent.