Le noir de Pierre Soulages

Publié le par yakapa

L'automne et son froid sont de retour, ce n'est pas une raison pour rester enfermés, au contraire!

Gros plan sur une rétrospective consacrée à Pierre Soulages qui s'est ouverte avec grand bruit à Paris. Car Pierre Soulages n'est pas seulement un grand peintre français, c'est aussi un jeune artiste de ... 90 printemps.

De ses brous de noix des années 1950 à ses tableaux les plus récents, le grand peintre du noir est exposé au Centre Pompidou. Son interview parue sur le Nouvelobs.com

 

Le Nouvel Observateur. - Vous allez célébrer cette année votre quatre-vingt-dixième anniversaire et le Centre Pompidou vous consacre une rétrospective. Ce mot vous convient-il ?
Pierre Soulages. - L'exposition présente ce caractère puisqu'on pourra y découvrir un choix des oeuvres que j'ai peintes entre 1946 et aujourd'hui. Mais j'avoue ne pas avoir de prédilection pour le regard rétrospectif. Je préfère penser à ce que je vais faire demain. Ce regard- là me tente davantage.
N.O.- Le XIIe siècle a vu éclore des nuées de mouvements artistiques, depuis l'expressionnisme abstrait jusqu'au pop art. Vous n'avez jamais succombé à leurs sirènes, préférant creuser votre sillon.
P. Soulages. - Creuser mon sillon ? Oui, on peut dire cela. Il est vrai que je n'ai pas cherché autre chose. Je n'ai pas ignoré mon époque, j'ai regardé ce qui se passait autour de moi, c'est évident. Certes, j'ai connu des moments difficiles, surtout à mes débuts, mais je n'en ai fait qu'à ma tête, comme aurait dit ma mère.
N. O. - D'où vient ce sentiment de liberté que vous n'avez cessé de cultiver ?
P. Soulages. -De l'enfance, certainement. J'ai perdu mon père lorsque j'avais 5 ans. Il construisait des voitures à chevaux et, lorsqu'il a senti la maladie venir, il a ouvert un commerce d'articles de pêche et de chasse. J'ai grandi à Rodez avec ma mère et ma soeur, de quinze ans mon aînée. Dès que possible, je m'échappais de la maison. Je partais avec les pêcheurs ou avec les chasseurs, les braconniers surtout. J'ai appris quantité de choses en leur compagnie. Il m'arrivait de rentrer tard, ma mère et ma soeur se faisaient du souci, alors je me faisais sonner les cloches. Je passais aussi beaucoup de temps dans le quartier des artisans, j'aimais les regarder travailler.
N. O. - Que vous ont-ils appris ?
P. Soulages. - En les observant, j'ai appris la différence entre l'artisanat et l'art. L'artisan sait où il va, il sait comment il va y arriver et il connaît l'objet qu'il va produire. La peinture, elle, est le produit d'une rencontre inattendue. Les gens me demandent souvent ce que je cherche. Je leur réponds : si je savais ce que je cherche, je l'aurais déjà trouvé !
N. O. - Toute votre oeuvre est dominée par le noir. D'où vient cet attrait ?
P. Soulages. - Dès mon plus jeune âge, j'ai dessiné et peint. Lorsque l'on m'offrait une boîte de couleurs, je trempais systématiquement mon pinceau dans le godet noir. Plus tard, je me suis intéressé à la Préhistoire. J'ai toujours été troublé par l'histoire de ces hommes qui, pendant des siècles et des siècles, sont descendus dans les endroits les plus sombres, les grottes les plus reculées, pour peindre avec du noir. La présence de leur art a une force incroyable. Comment ne pas être foudroyé devant une chose pareille ?
N. O. - En 1979, comme k montrera l'exposition, votre oeuvre prend un nouveau visage lorsque apparaît en elle l'outrenoir. Comment t'avez-vous découvert ?
P. Soulages. - Outrenoir est un terme qui n'existe pas dans la langue française, je l'ai inventé. Tout s'est passé alors que je travaillais devant un tableau. Je pataugeais, je n'arrivais pas à m'en sortir. Et pourtant, il y avait quelque chose en moi qui me poussait à continuer. J'ai fini par aller me coucher. Je me suis réveillé une heure et demie plus tard, un peu chamboulé. Et là, devant le tableau, je me suis dit : «Ce n'est pas avec k noir que tu travailles. C'est avec la lumière réfléchie par les états de surface du noir.» Cela a été le début d'une aventure qui se poursuit car je ne cesse de trouver des choses nouvelles, comme on le verra à Beaubourg puisque plusieurs de mes oeuvres récentes y seront montrées.
N. O. - Qu'est-ce qui donne sa couleur au noir ?
P. Soulages. - C'est la lumière, bien sûr. Pourquoi celle réfléchie par le noir me touche plus que celle réfléchie par exemple par le rouge ou le jaune r Je 1 ignore. Mon oeuvre n'a rien à voir avec le monochrome. Pour moi, la réalité d une oeuvre, c est le rapport qui s établit entre la chose qu elle est, le peintre qui 1 a produite, et celui qui la regarde.

Bonne rétrospective vidéo de la vie et l'oeuvre de P.Soulages


Publié dans Culture

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