Vendredi 19 juin 5 19 /06 /Juin 20:58

Selon les critères retenus, 5 à 30% des personnes de plus de 65 ans souffriraient de dépression, et jusqu’à 45 à 51% chez celles qui sont institutionnalisées. 15 à 50% seulement seraient diagnostiquées. En chiffres bruts, c’est plus de 200 000 à plus d’un million de personnes âgées qui ne seraient jamais soignées pour un trouble mental aux conséquences souvent graves. Il s’agit d’un nouveau défi de Santé publique, alors que les plus de 65 ans devraient représenter près de 30% de la population française en 2050.

 

Le problème de la dépression chez les personnes âgées, c’est d’abord celui de nos préjugés sur la vieillesse. Jusqu’au début des années 90, il était courant de trouver des recherches montrant que la satisfaction de vie des personnes âgées n’était guère affectée par l’âge. Les résultats semblaient, alors, en adéquation avec l’idée courante d’une vieillesse sage et sereine et le fait bien connu, par ailleurs, que « généralement, (…) les processus psychologiques agissent pour protéger ou « immuniser » le Soi contre une perte de bien-être, même dans des conditions de mauvaise santé et de déficits chroniques » (Smith, 2003, p. 79). Les vieux devaient nécessairement être moins déprimés que les jeunes, parce qu’ils avaient, eux, l’expérience de la vie, ou parce que les plus malades étaient morts depuis longtemps. Beaucoup disaient être tristes de vieillir ? Certes, mais il s’agissait là d’une réaction « naturelle », et non de l’expression d’une possible manifestation pathologique. Combien de médecins continuent d’ailleurs, aujourd’hui encore, à minimiser ce symptôme central de la dépression ?

Depuis une vingtaine d’années les chercheurs et les cliniciens ont commencé à accumuler des connaissances sur la dépression dans la vieillesse. Contrairement à d’autres champs de la gérontologie encore largement inexplorés, celui-ci a donné lieu à un volume de recherches importants, qui vient juste après celui de la démence et de la maladie d’Alzheimer. C’est surtout la littérature sur la dépression tardive qui a véritablement « explosé » durant ces dernières années (Blazer, 2003), avec cette question tout d’abord : existe-t-il une différence entre la dépression du jeune adulte et celle du sujet âgé ? La littérature reste assez partagée, avec un accord relatif sur l’idée que les caractéristiques de la dépression majeure seraient identiques chez le sujet âgé et chez l’adulte. Des différences seraient à noter, cependant, en fonction des méthodologies et des outils d’évaluation utilisés.

Pour Karel (1997, pp. 855-867), le risque de dépression serait plus en lien avec des facteurs psychologiques et de stress, chez le sujet jeune, tandis qu’il serait davantage en lien avec des troubles comorbides médicaux et neurologiques, chez le sujet âgé. Ceci ne signifierait pas qu’il faudrait utiliser des critères de diagnostic séparés pour le sujet jeune et le sujet âgé, mais plutôt qu’il serait nécessaire de mieux définir et de mieux préciser, au niveau de la recherche, l’étiologie de la dépression dans la vieillesse.

Pour mieux cerner les spécificités cliniques de la dépression chez le sujet âgé, il est devenu courant, aujourd’hui, comme le relève Frémont (2004, pp. 22-23), de séparer les symptômes de la dépression en 3 catégories : ceux qui sont indépendants de l’âge (tels le désespoir, le pessimisme, l’anxiété, l’anhédonie, l’anorexie, le ralentissement psychomoteur…), ceux qui sont plus souvent présents chez le sujet jeune (tels la culpabilité, la baisse de la libido, l’idéation suicidaire…), ceux qui sont spécifiques à la personne âgée (tels l’instabilité, l’agressivité, les somatisations, la démotivation, l’ennui, le repli sur soi, l’angoisse matinale, les troubles mnésiques allégués, l’impression d’inutilité…).

La dépression, chez la personne âgée, est fréquemment associée à d’autres troubles qu’il est nécessaire de savoir identifier rapidement et précisément. Depuis le début des années 2000, notamment, on a pu établir que 47.5 % de personnes âgées dépressives avaient des troubles anxieux comorbides. En fait, on retrouve des éléments d’anxiété dans toutes les expressions de la dépression, chez la personne âgée, à tel point que la différence entre les deux est souvent difficile à faire, réclamant une large expérience des cliniciens (Lenze et al., 2001) pour repérer la dépression sous les symptômes de l’anxiété. Il peut s’agir de troubles du sommeil avec une agitation permanente ou encore, plus fréquemment, de plaintes somatiques qui, n’étant pas identifiées comme des symptômes de la dépression, vont donner lieu à toutes sortes d’examens cliniques et de prises en charge somatiques, qui vont différer d’autant le soin de la dépression du malade âgé.

Il est crucial de bien évaluer l’association d’un trouble anxieux et de la dépression, parce que celle-ci aggrave fortement les risques à plusieurs niveaux. En effet, les personnes âgées qui souffrent de dépression et de troubles anxieux comorbides tendent à développer des maladies somatiques plus graves que les personnes dépressives sans troubles anxieux. Elles ont des réponses plus faibles aux traitements qui leur sont proposés (Lenze et al., 2001), un taux de mortalité plus élevé, davantage d’idées de suicide. A ce propos, il faut rappeler, que les suicides des sujets âgés de plus de 65 ans représentent 20 % des décès annuels par suicide enregistrés en France et que le taux de suicide est 6 fois plus élevé chez les sujets de plus de 85 ans que chez les 15-24 ans (Bazin, 2004).

La dépression tardive du sujet âgé peut aussi se cacher derrière un masque démentiel, qui va céder rapidement aux anti-dépresseurs (à condition qu’on ait su l’identifier), ou représenter un facteur de risque de la maladie d’Alzheimer. Une symptomatologie dépressive inaugure, en effet, la maladie d’Alzheimer dans environ 50 % des cas (Alexopoulos et al., 1993). De plus, les symptômes de démence et de dépression se chevauchent communément, avec « une humeur dysphorique, un retrait émotionnel, un manque d’initiative, de la fatigue, un jugement altéré… » (Benedict et Nacoste, cités par Karel, 1997, p. 857).

C’est peut-être à ce niveau que le problème est le plus crucial. On a acquis des connaissances sur la dépression des personnes âgées, et on a aussi sensiblement progressé sur la façon de la soigner (Clément, 2004) ; mais, en France surtout, il y a un manque dramatique de spécialistes pour la diagnostiquer et la prendre en charge. La complexité de son approche exige, on l’aura compris, une spécialisation poussée et la mise en œuvre de démarches diagnostiques qui savent croiser les méthodes (l’observation, les examens para-cliniques, l’entretien et les tests psychologiques) ainsi que les regards pluridisciplinaires (il y a tant de vieillesses et de modes de vie différents, aujourd’hui, tant de facteurs à prendre en compte, que la dépression ne peut concerner les seuls médecins, mais aussi les psychologues, les sociologues, les anthropologues…).

Une collaboration bien rodée entre un psychogériatre, un psychologue clinicien et une équipe infirmière est sûrement un minimum ; mais les premiers sont rares, et les autres n’ont pas tous la formation spécialisée nécessaire. On ne peut laisser se développer l’idée, en tout cas, comme on le voit beaucoup trop souvent écrit, dans les recherches actuelles, que la dépression de la personne âgée pourrait être évaluée par une courte échelle de quelques items, sans une recherche symptomatologique approfondie et sans tenir compte de son histoire et de son contexte de vie.

Derrière le problème de la dépression dans la vieillesse se cache, en fait, une grave question concernant la prise en compte des souffrances psychologiques des personnes les plus âgées. Largement méconnus, les troubles psychologiques de la grande vieillesse restent, pour la plupart, très largement sous-diagnostiqués, et donc, non traités. Il n’est pas certain que notre société soit prête à les considérer et à consentir les mêmes efforts que ceux qui sont déployés, aujourd’hui, dans la mise en place du « plan Alzheimer ».

Par yakapa
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Présentation

  • : Maison Retraite Actualités
  • Maison Retraite Actualités
  • : maison paris retraite residence Santé
  • : Un blog qui traite de l'actualité des personnes âgées en France et dans le monde. Les meilleures maisons de retraite. L'univers des EHPAD, foyer logement et résidence service et autres résidences d'accueil pour personnes âgées. Mais aussi les actualités les plus insolites au niveau culturel, santé, cinéma etc. Tout sur les seniors en un clic!!
  • Partager ce blog
  • Retour à la page d'accueil
  • Contact

Recherche

Calendrier

Août 2014
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30 31
             
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés